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Bibel und Kunst > Chagall- Visages de la Bible, Visages d’aujourd’hui > Images de la Bible - Chagall
David et Absalom Confiant, Absalom met sa tête sur les genoux de David, son père. Absalom avait tué son demi-frère Amnon pour venger l’acte incestueux de celui-ci : Amnon avait violé sa sœur Tamar. David, tout en rouge, est inondé d’une lumière divine. Il est encore en train de pleurer la mort de son fils Amnon, que déjà il touche avec tendresse la tête d’Absalom, c’est-à-dire qu’il lui pardonne d’avoir commis ce meurtre (auquel Absalom se voyait contraint). Bientôt après cette scène, Absalom va essayer de tuer David. Mais David, sauvé, ne va pas tenter à tuer Absalom parce qu’il l’aime de façon unique. Le deuxième livre de Samuel nous dit : « Il n’y avait personne dans tout Israël d’aussi beau qu’Absalom, d’aussi vanté que lui : de la plante des pieds au sommet de la tête, il était sans défaut. » (2 Samuel 14,25). Et c’est ainsi que mourut Absalom : « Absalom montait un mulet et le mulet s’engagea sous la ramure enchevêtrée d’un grand térébinthe. La tête d’Absalom se prit dans le térébinthe et il se trouva entre ciel et terre, tandis que le mulet qui était sous lui continuait. Un homme le vit et vint dire à Joab : ‘J’ai vu Absalom suspendu à un térébinthe.’ [...] Puis dix jeunes gens, les écuyers de Joab, entourèrent Absalom et le frappèrent à mort. » (2 Samuel 18,9-10.15). Et c’est dans un cercle d’un vert agressif en haut dans le côté gauche de l’image que nous voyons le corps mort d’Absalom pendu aux branchages de l’arbre. C’est un moyen dont Chagall se sert souvent pour rapprocher deux lieux et deux temps différents en une seule unité de composition. Les couleurs fortes : rouge, bleu, vert, violet donnent un beau contraste. Sans doute symbolisent elles les sentiments forts qui contrastent ici : l’envie, la haine, l’amour, le pardon, la tristesse. Le cercle vert où est représenté la mort d’Absalom, crie vers le ciel, aussi fort que criait David, son père, lorsqu’on lui annonça la mort de son fils : « Mon fils Absalom, mon fils, mon fils Absalom, que ne suis-je mort moi-même à ta place ! Absalom, mon fils, mon fils ! » (2 Samuel 19,1). Isaïe On ne connaît pas beaucoup d’artistes qui ont essayé de peindre Isaïe comme annonciateur du jugement de Dieu. Ce qui est plus connu : c’est sa « Vision de la Paix » (lire en Isaïe 11,6-10). En donnant à Isaïe (740 avant Jésus-Christ) la vocation de prophète, Dieu lui donna également la mission d’annoncer à Israël et à Juda leur perte à cause de leur infidélité. Mais si l’annonce du jugement prononcé par Isaïe est terrible, il reste toujours cette espérance que Dieu épargnera son peuple : Il restera sans doute un « petit reste » dont le Messie sera le roi. Ainsi Isaïe devient le grand annonciateur du Messie, de la descendance de David, qui apportera sur la terre la joie et la justice. Isaïe proclame (Isaïe 6,8.10-12) : « J’entendis alors la voix du Seigneur qui disait...’Engourdis le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles, colle-lui les yeux ! Que de ses yeux il ne voie pas, ni n’entende de ses oreilles ! Que son cœur ne comprenne pas ! Qu’il ne puisse se convertir et être guéri !’ Je dis alors : Jusques à quand, Seigneur ?’ Il dit : Jusqu’à ce que les villes soient dévastées, sans habitants, les maisons sans personne, la terre dévastée et désolée.’ Le Seigneur enverra des gens au loin et il y aura beaucoup de terre abandonnée à l’intérieur du pays. » Et puis, plus loin nous lisons en Isaïe 24,1-13 : « La terre sera totalement dévastée, pillée de fond en comble, ...le monde entier dépérit et se dégrade,...les habitants de la terre se consument, il n’en reste que très peu. Le son joyeux des tambourins a cessé,...La cité du néant s’est effondrée,... toute allégresse a disparu, la joie est bannie du pays... » C’est sans doute ce dernier passage très sombre auquel Chagall a pensé en concevant cette image : Un noir obscur entoure le prophète : Cela veut dire qu’il voit noir. En d’autres mots, il est pessimiste pour l’avenir du peuple infidèle. Quoique le soleil se soit levé, le ciel reste plongé dans la nuit noire, et l’angoisse nous gagne : Le jour viendra-t-il où le soleil ne sera plus capable d’éclairer la terre, et où toute vie s’éteindra ? Le soleil rouge-feu tombera-t-il et détruira-t-il toute vie ? Sous le soleil, nous reconnaissons l’ébauche d’une ville. Est-ce la ville de Jérusalem qui émet une lueur d’un vert menaçant et phosphorescent : annonçant donc la perte et la destruction totales ? Blanc, d’une blancheur éblouissante, le prophète surgit hors de l’obscurité. Mise en scène dramatique et angoissante ! Il lève les bras au ciel, gémissant et annonçant la malédiction ! Il se peut aussi que face à cet avenir angoissant, il demande à Dieu de laisser régner sa miséricorde. Le regard d’Isaïe se pose sur les quelques silhouettes en bas à droite. Est-ce peut-être le « petit reste » qui survivra à la destruction et qui pourra voir le Messie ? Jérémie Que de fois Chagall a-t-il représenté dans cette attitude typique des prophètes et de simples fidèles juifs qui, ayant sauvé le rouleau de la Torah, le protègent en le pressant contre leur corps ! Au milieu de la guerre, des flammes, des affres de la mort, ils protègent le rouleau de la Torah et en même temps, ils sont placés sous sa forte protection. Vision de malédiction ! Le voile noir de la nuit est déchiré par les flammes d’un incendie. Le ciel se couvre d’une nuée violette comme d’une vision d’horreur. Le rouleau de la Torah que Jérémie porte dans ses bras est d’un rouge profond. Jérémie appellera le peuple à la conversion, et comme le peuple n’écoute pas, sa plainte, ses « jérémiades » se feront retentir longtemps. Son visage, comme absorbé par une écoute intérieure, se penche vers le rouleau de la Torah, et est inondé d’une lumière divine. Mais il reste de l’espoir : Le vert intense du manteau du prophète ainsi que la tête du « Chagallsche Tier » à peine ébauchée, sont garants de la réussite du plan de salut de Dieu. La plainte de Jérémie Jérémie 8,18ss : « Mon affliction est sans remède, tout mon être est défaillant... Dans Sion n’y a-t-il pas le Seigneur ? Son roi n’est-il pas chez elle ? » Jérémie 9,9 : « Sur les montagnes s’élève ma plainte éplorée, et sur les enclos de la lande ma lamentation, car ils sont incendiés, plus personne n’y passe, et les troupeaux ne s’y font plus entendre. Oiseaux, bétail, tout a fui... plus rien ! » Brisé par la souffrance, le prophète se tient dans la partie gauche de l’image. Penché vers le rouleau de la Torah qu’il presse contre son corps. Dans de nombreuses images, Chagall a ainsi représenté la douleur du peuple juif face à l’impiété du monde. Mais ici, un homme, un prophète, Jérémie, est en deuil à cause de l’impiété de son propre peuple, donc du peuple juif ! La scène est plongée dans des tons sombres : le gris, le noir, le violet ! Seul le ciel est éclairé d’un rouge-feu que vient voiler un nuage d’un violet un peu plus clair. Qui sont les hommes à l’arrière-plan ? Des représentants du peuple juif qui écoutent le prophète sans l’ « entendre » ? Mais le doux animal tout en bleu, le « Chagallsche Tier », donne une lueur d’espérance : Il exprime la garantie que le projet de salut de Dieu va se réaliser. Jetons un dernier regard sur le prophète en deuil : Comme une mère tient son enfant, ainsi il tient dans ses bras le rouleau de la Torah en la protégeant. Il l’a sauvée des flammes, et maintenant, il ne la lâche plus. Il la tient et elle le tient, c’est-à-dire elle lui donne force et consolation car elle ne cesse de parler d’un Dieu de miséricorde et qui restera fidèle à son peuple Job désespéré L’image entière est conçue en des tons sombres et éteints. Le visage de Job ainsi que ses mains sont d’un noir verdâtre. Derrière Job, à gauche, un ange vert entre en scène. Tout ce vert est sombre sauf l’œil de Job - vert également - et derrière lequel on devine une lueur d’espérance. Job se tient là pensif et méditatif : Saura-t-il, en pensant aux consolations des temps passés, retrouver la certitude que Dieu sait le pourquoi de tant de souffrances ? Job en prière L’ange de Dieu, éblouissant de clarté, annonce la bonté et la fidélité de Dieu au milieu de la nuit et du doute, comme s’il disait à Job de prendre courage. Déjà la nuit du découragement et du désespoir fait place à la lueur du matin. Job lève sa main en un geste de prière. Il est sûr que Job ne prononce pas des pieuseries bien formulées. Non, au contraire ! Il crie sa souffrance et ses questions dans le ciel. Son visage et sa main sont verts. C’est de ce vert que Chagall a dit que c’est un vert qui parle d’un enthousiasme, c’est-à-dire d’une action de Dieu dans le cœur de l’homme. Cette action de Dieu dans le cœur de l’homme se traduit par cette couleur non réaliste du visage, donc ici Dieu agit en profondeur. L’œil ne saurait le reconnaître, s’il n’était pas rendu attentif par l’étrangeté de cette couleur de la peau. Job peut-il espérer que Dieu tournera de nouveau vers lui sa face ? C’est en se querellant avec son Dieu que Job reste en contact avec lui. Toujours et toujours il se pose et pose à Dieu la question : Pourquoi le juste doit-il souffrir et pourquoi l’homme impie a-t-il tant d’avantages ? Voilà les questions des hommes de tous les temps, questions qui sont toujours d’actualité. Ainsi donc Job lutte avec son Dieu. Malgré les doutes et les questions, il lui est impossible de lâcher la foi de ses ancêtres. Finalement, Job va se plier à la volonté de Dieu. Il n’aura pas trouvé de réponse à ses questions concernant l’injustice, mais il aura appris que Dieu ne doit rendre compte à personne. En Job 42,10, nous pouvons lire que sur ces entrefaites, Dieu récompensa Job en lui donnant le double de ce qu’il avait possédé avant. Daniel dans la fosse aux lions La scène se joue dans l’exil babylonien du peuple d’Israël. Voilà pourquoi elle est plongée dans un triste gris noirâtre. Daniel dans la fosse aux lions ! Un ange - clair - traverse la nuit noire du gouffre. Ses bras étendus peuvent être compris comme une protection venue d’en haut. Ainsi donc Daniel peut rester serein. Il semble lire dans un livre - sans doute dans la Bible. Regardons les lions, doux et même joyeux avec leurs touches de couleurs gaies. Celui qui connaît bien l’œuvre de Chagall remarquera facilement que ces lions paisibles ressemblent fort aux lions que Chagall a l’habitude de peindre dans ses compositions de la « vision de paix » d’Isaïe (Isaïe 11,6-10). Et c’est à bon escient, car ici aussi la paix de Dieu a chassé les menaces de mort. L’ange Chagall a conçu ce motif quelque peu énigmatique pour orner la première page de son cycle biblique appelé « La Bible ». Cet ange est moins connu qu’un autre ange que Chagall a l’habitude de dessiner et qui est très fréquent dans l’œuvre générale du peintre. Cet ange « habituel » de Chagall entre dans l’image en venant de la gauche. Sur ses bras, il porte le corps presque inanimé d’un être humain dont le sexe est encore indéfinissable. Quoique cet ange s’avance vers la droite en faisant de grands pas assurés, il tourne néanmoins la tête en regardant ainsi en arrière. Cet ange est le symbole de l’agir de Dieu. C’est Dieu qui crée l’homme, qui le porte dans la vie. Et il y a en l’homme une « mémoire » qui lui dit d’où il vient et où il va retourner à la fin de ses jours (l’ange qui regarde en arrière). Dans l’image jaune que voici, l’ange ne porte pas l’homme, mais il porte les tables de la Loi, et il les porte exactement dans la direction où dans les autres représentations de l’ange il porte l’homme encore inanimé. Pourrait-on de ceci dégager le sens suivant : Chagall veut-il nous rendre attentif à la question : Homme, avant que tu ne sois né, il existait déjà une Loi. Si tu vis d’après cette Loi, ta vie réussira. Alors tu sauras aussi vers qui tu retourneras un jour. En interprétant l’image jaune de cette façon-ci, on comprendra facilement pourquoi l’ange ici représenté est si étrangement penché en arrière. On pourrait dire aussi que l’ange reçoit les tables de la Loi à la place de Moïse (quoique manquent les mains de Dieu sortant de la nuée). Cette interprétation serait aussi plausible que les précédentes : Car tout un chacun, que ce soit un homme, ou que ce soit un ange, du moment qu’il transmet le contenu de la Loi, peut être considéré - comme Moïse - comme un guide de l’humanité (là où il est placé). Quoiqu’il en soit, les trois motifs ici expliqués parlent tous de la voie spirituelle qu’il s’agit d’emprunter. C’est pour signifier cela que cet ange fait « éclater le cadre », et que la scène entière est plongée dans une douce lumière divine. L’ange au paradis Enfant déjà Chagall avait une intense relation avec les anges. Son âme d’enfant était fortement marqué par la prière que sa mère avait l’habitude de prier (comme chaque mère juive) le jour du sabbat : Lorsqu’elle priait Dieu d’envoyer les anges de la paix dans sa maison. Et l’atmosphère de la maison familiale était évidemment plus paisible le jour de sabbat que les autres jours. Chagall prétend aussi dans son autobiographie qu’un jour, alors qu’il était encore un pauvre étudiant des beaux-arts, un ange est descendu pour le consoler. Quoiqu’il en soit, la représentation de cet ange majestueux en violet, adossé contre le bord de l’image, est une réussite artistique ! Le violet et le jaune se complètent d’une façon merveilleuse : Le violet fait reluire le jaune, le jaune fait ressortir le violet ! Ceci fait de la lithographie de l’ange violet une œuvre d’art hors pair ! Très intéressant aussi pour l’œil du connaisseur est le « dégradé » avec lequel Chagall travaille ici : Entre l’ange en violet épais et Eve en violet tendre, nous voyons Adam en jaune transparent ! Ceci donne une belle harmonie de composition. L’ange L’œil est frappé d’abord par le fort contraste entre le noir épais et le jaune-lumière. Qu’un œil de l’ange soit ouvert et l’autre fermé nous fait revenir au motif déjà expliqué des « deux faces de Dieu » : Son côté maternel et miséricordieux, et d’autre part son côté intransigeant. L’ange à l’épée D’une main sûre, Chagall a tracé des traits d’un noir intense pour contourner la silhouette de l’ange. La scène entière se présente décemment en grisaille. Si les quelques traits d’un noir intense étaient absents, la silhouette de l’ange tenterait de s’évaporer ! Ange portant l’épée, ange placé entre Dieu et les hommes ! On ne peut pas ne pas voir la longue épée tranchante qu’il tient dans sa main gauche et qui semble vibrer d’impatience. Ange de la vengeance ? Ou symbolise-t-il, comme si souvent chez Chagall, les deux faces de Dieu (la face maternelle et miséricordieuse et la face intransigeante) ? Cela semble être le cas car l’ange nous regarde d’une façon sévère de son œil droit grand ouvert, alors que l’œil gauche, plus petit que l’autre, semble presque aveugle. L’ange a une mission divine. Il luit de la lumière-même de Dieu ! Ange de la vérité en qui et par qui l’homme peut voir son propre agir à la lumière de Dieu : le bien et le mal ! L’ange comme messager de Dieu représente naturellement les deux faces de Dieu dont nous venons déjà de parler : La face maternelle et miséricordieuse et la face intransigeante qu’on appelle communément la « face de la vengeance ». Or, parler de la vengeance de Dieu est absurde ! En y réfléchissant bien, on comprend que ce n’est pas Dieu qui se venge et qui punit mais que l’homme en transgressant les lois de la nature, doit parfois douloureusement subir les conséquences de ses actions. Or, lorsque l’homme se trouve dans cette fâcheuse situation, il peut toujours espérer que Dieu lui est proche avec ses sentiments maternels et miséricordieux. L’ange ici représenté brandit l’épée de sa main gauche, alors que sa main droite n’est pas représentée, donc pas agissante. Xerxès chasse Vasti Xerxès, roi des Perses (dans la Bible grecque, il est appelé Artaxerxès), se prenait pour si important qu’il croyait pouvoir donner ses ordres partout et à chacun. Un jour, il donna une grande fête d’état. Mais à cette fête, seuls des hommes pouvaient participer alors que l’épouse de Xerxès, Vasti, devait fêter dans une autre aile du palais avec les femmes. Le septième jour de la fête, Xerxès fit appeler sa femme Vasti, car il voulait se vanter de sa beauté. Mais Vasti possédait assez de fierté pour désobéir aux ordres du roi : Elle ne voulait pas être dégradée en « femme-objet » ! L’irritation du roi fut extrême et sa colère s’enflamma. Pour sa désobéissance et pour le « mauvais exemple » qu’elle donnait à toutes les épouses du peuple, le roi la fit chasser du palais. Plus tard, Xerxès épousera Esther. L’image que nous voyons ici est divisée dans sa diagonale. En haut à gauche, dans son manteau royal pourpre bordé de fourrure, nous voyons le roi despotique Xerxès. Plus petit, c’est-à-dire de moindre pouvoir que lui, nous voyons à droite et à gauche du roi ses conseillers. De l’autre côté de la diagonale en bas à droite, au pied de l’escalier, nous voyons Vasti qui est chassée du palais. Elle est souple, belle, voire élégante ! La situation dans laquelle elle se trouve ne l’a pas brisée. Cette femme forte et fière est une ancêtre de toutes les femmes du monde qui de nos jours encore luttent pour les droits de l’homme, c’est-à-dire pour que l’homme et la femme soient égaux devant la loi : Qu’ils aient les mêmes droits et les mêmes honneurs. Toute cette scène est plongée dans une atmosphère de prison et de mort. Et le rouge du manteau royal ainsi que la lueur rouge qui en ruisselle fait penser à tant de sang qu’une main de despote peut faire couler. La dignité « royale » de Vasti est toute intérieure. Son visage et sa poitrine sont couverts d’une lueur verte, ce vert « enthousiasmé » qui, selon Chagall, révèle la présence et l’agir de Dieu : Aux yeux de Dieu, la femme a toute sa dignité ! Esther Après avoir chassé son épouse Vasti, le roi des Perses Xerxès fit passer beaucoup de temps avant de choisir une nouvelle épouse. Pendant une année entière, les plus belles filles du pays durent subir des soins de beauté. Entre toutes ces femmes, le roi choisit Esther, une juive, dont l’oncle (Mardochée) était alors attaché à la cour royale. Or, lorsque Mardochée, par fidélité à son Dieu, refusa de fléchir le genoux devant le roi, il tomba en disgrâce. Sentant la mort planer sur lui, il demanda de l’aide à sa nièce Esther. Courageuse, celle-ci s’avance vers le roi et risque ainsi sa vie : Car il était défendu de s’approcher du roi sans y avoir été autorisé formellement. Esther, vraie femme, avisée et intelligente, simula plusieurs fois un évanouissement. La beauté d’Esther ainsi que son apparente faiblesse inclina le roi à la clémence. Il lui promit de lui accorder tout ce qu’elle désirerait. Esther révèle à Xerxès son appartenance au peuple juif et elle demande que son oncle Mardochée soit grâcié, ainsi que tout le peuple juif. Ainsi tous les juifs eurent la vie sauve. Nous lisons en Esther 8,16 : « Pour les Juifs c’était lumière et joie, jubilation et honneur. » Chagall peint Esther placée entre les bâtiments du palais. Svelte et frêle, elle est presque timide. Malgré sa robe élégante et son collier de perles, elle reste modeste. Que cette femme modeste et humble ait déjoué le plan du roi cruel et ait ainsi courageusement œuvré pour le plan de Dieu lui vaut l’honneur et la reconnaissance de tout le peuple juif. Tout le tableau qui représente Esther est plongé dans des tons gris et bleus. Le bleu chez Chagall a une dimension historique, c’est-à-dire que Dieu entre dans l’histoire de l’homme. Par Esther, Dieu est entré dans l’histoire du peuple juif. Et c’est pour cela, que chaque année, à la fête des Pourim, les Juifs lisent le livre d’Esther et remercient Dieu de les avoir sauvé par l’intervention de cette femme courageuse. Rachel qui vole les Idoles Domestiques Ici, Chagall illustre un épisode de l’histoire compliquée de Jacob qui accepte de travailler pendant sept ans chez Laban pour avoir comme femme sa belle-fille Rachel. Mais, malhonnête, Laban réussit à lui faire épouser sa fille borgne : Léa. Et Jacob travaille encore une fois pendant sept ans pour enfin pouvoir mener sous le dé de mariage la belle Rachel qu’il aime. Mais lorsqu’après la noce, les tromperies de Laban ne cessent pas, Jacob, sur l’ordre de Yahvé, fuit avec ses femmes, ses enfants et tout ce qu’il possède. Car lui aussi, de façon raffinée, mais non illégale, a su acquérir des biens. Rachel dérobe les idoles familiales de Laban (le texte biblique n’explique pas pourquoi). Laban poursuit la caravane et réussit à la rejoindre dans la montagne. C’est cette montagne que Chagall a peinte, majestueuse. Et c’est devant cette coulisse qu’il fera se dérouler l’épisode suivant : Laban cherche les idoles volées, mais Rachel les a cachés dans le palanquin du chameau. Lorsque Laban cherche les idoles, Rachel est assise sur le palanquin et elle dit : « Que mon seigneur ne m’en veuille pas si je ne puis me lever devant toi, car j’ai ce qui arrive aux femmes. » (Genèse 31,35) Ainsi, Laban ne peut pas trouver les idoles. Il conclut un traité avec Jacob et le laisse partir avec sa caravane. La plus grande partie de cette image est conçue dans des tons de sable (sans doute à cause du chameau et de la caravane). Chagall montre le moment où Laban arrête les fugitifs et cherche les idoles. Rachel jouant l’innocente, met sa main sur sa poitrine : « Non, elle ne sait pas où sont les idoles ! » Le reste de l’histoire, nous la connaissons. Le chameau lui aussi semble le connaître, car il se moque de Laban, en souriant d’une façon espiègle. Les épisodes illustrés par Chagall et exposés ici sous les numéros 36 à 40, ont tous le même contexte biblique et historique. Il s’agit du livre de Ruth. L’action se passe au temps des Juges... Le plan du livre de Ruth est simple et facilement assimilable. Comme une famine survint au pays, Elimélek, originaire de Bethléem, quitte son pays pour séjourner à la campagne de Moab. Il fut accompagné par sa femme Noémi et par ses deux fils qui épousèrent chacun une femme des Moabites. Or, Elimélek et ses deux fils moururent. Noémi, la veuve d’Elimélek, s’apprêta à retourner dans sa patrie, c’est-à-dire à Bethléem. Elle conseilla à ses deux belles-filles de retourner dans leurs famille d’origine. L’une, Orpa, suivit le conseil de sa belle-mère. L’autre, Ruth, décida de suivre sa belle-mère (Ruth 1,16) : « Où tu iras j’irai, et où tu passeras la nuit je la passerai ; ton peuple sera mon peuple et ton dieu mon dieu. » Les deux femmes arrivent donc à Bethléem. C’est là qu’en glanant des épis sur un champ, que Ruth fait la connaissance de Booz, un parent du clan d’Elimélek. Boas la traite avec bonté (chapitre 2). Noémie instruit sa belle-fille : « Cet homme nous est proche ; c’est un de nos racheteurs » (Ruth 2,20 ; lévirat). Booz qui tombe amoureux de Ruth est d’accord pour remplir les conditions nécessaires pour épouser Ruth. Voilà donc le contexte biblique. Noémie et ses belles-filles Au milieu : Noémie, une femme maternelle et quelque peu rondelette. Elle est étroitement entourée de ses deux belles-filles. Chagall joue de toute sa palette des tons bruns, pour créer une atmosphère de chaleur et de sécurité (terre, sable), malgré les soucis des trois femmes et malgré la famine. Dans ce tableau, nous pouvons « lire » deux signes d’espérance : Le soleil rouge, éclat et chaleur de Dieu, se dessine nettement dans le ciel. Et l’animal, le « Chagallsche Tier » qui entre dans l’image en bas à gauche et qui est, comme nous le savons, garant d’une vie qui réussit. Les deux belles-filles de Noémie prendront chacune la bonne résolution. L’une, Orpa, retournera dans sa famille d’origine, tandis que l’autre, Ruth, se décide à partager le sort de sa belle-mère : « Où tu iras j’irai, et où tu passeras la nuit je la passerai ; ton peuple sera mon peuple et ton dieu mon dieu. » (Ruth 1,16). Cette décision fera d’elle - par ce mariage avec Booz - la grand-mère d’Isaïe et l’arrière-grand-mère du roi David. La glaneuse Ruth Cette image est une vraie symphonie de tons rouges et ocre. Toute cette image respire l’espérance. Regardons l’attitude des deux femmes : Noémie - assise - prend cette position « ouverte », si typique aux personnages de Chagall, aspect de la lune croissante ou décroissante, récipient ouvert, attitude d’un être humain qui espère recevoir de Dieu tout ce dont il a besoin de vivre. Noémie parle à sa belle-fille, soulignant ses paroles d’un geste éloquent de sa main droite : Elle veut transmettre cette attitude d’ouverture à Ruth. Mais celle-ci a déjà expérimenté que la providence ne l’abandonne pas. En effet, Booz avait dit à ses moissonneurs de laisser épars sur le champs beaucoup d’épis à glaner ! Il y a bien une loi permettant de glaner ce qui tombe des gerbes derrière les moissonneurs, mais nous voyons bien que Booz fait à Ruth une faveur exceptionnelle. Chagall représente Ruth revenant du champ et portant une gerbe entière d’orge sur son épaule. Quel cadeau ! Autant d’orge signifie beaucoup de farine pour apaiser la faim des gens durant les jours à venir. Voilà pourquoi Noémie loue le Seigneur et elle bénit Booz par les paroles suivantes : « Béni soit-il du Seigneur, celui qui n’abandonne sa fidélité ni envers les vivants ni envers les morts. » (Ruth 2,20). En esquissant une maison à traits de pinceau rapides, Chagall fait pressentir que Dieu donnera plus à Ruth que le pain nécessaire pour la nourriture, à savoir une maison et une famille ! Ruth rencontre Booz Ce qui saute d’abord aux yeux, c’est le geste « anatomiquement impossible » qu’esquissent les deux personnages. Une telle « impossibilité (de geste ou de couleur) » veut toujours nous dire quelque chose d’important. Que Booz et Ruth se plaisent mutuellement, cela va sans dire : Leur regard intense les trahit. Mais comme ceci se passe au début de leur relation, il va encore chercher ailleurs une explication à leur sympathie. Ruth exprime sans doute sa gratitude envers Booz pour sa générosité ! La main courbée au-dessus de la tête, Booz montre du doigt le soleil rouge-feu. Ce soleil étant le symbole de l’amour de Dieu, il est clair que Booz transmet à Yahvé les paroles de gratitude que Ruth exprime à Booz. Au-dessus du jeune couple : Un arc esquissé à coups de pinceaux rapides, préfigurent déjà le baldaquin de Choupa, c’est-à-dire le baldaquin que lors des noces juives, les amis des époux tiennent au-dessus du jeune couple. Et implicitement est déjà contenu dans ce baldaquin la prière prononcée le jour de noces : « Que votre vie soit protégée d’en-haut, donc de Dieu ». Ruth couchée aux pieds de Booz endormi Noémie, une femme intelligente, a vite compris que Booz a de l’affection pourRuth. En plus, il est un parent du clan d’Elimélek, donc un homme qui pourrait faire valoir son droit de lévirat, et épouser Ruth. Voilà son conseil à Ruth de tout faire pour entretenir et faire grandir la flamme de l’amour qui commence à briller en Booz : Que le soir venu, après le travail, lorsque Booz se sera couché, Ruth, fraîchement lavée et embaumée, se couche à ses pieds (Ruth 3,1-4). Chagall représente donc Ruth couchée aux pieds de Booz. Seul le croissant de la lune entourée d’une lueur blanche est témoin de cette scène. Booz dort encore profondément, mais déjà son visage commence à rougir, et sa main gauche, inquiète, indique qu’il se rend vaguement compte de ce qui se passe à ses pieds. La lune avec son halo blanc - l’amour et la providence de Dieu (blanc : « couleur » de la transcendance) - illumine ce qui est important pour la suite de l’histoire : Les seins nus de Ruth (symbole de l’amour) et la main droite de Booz avec laquelle il conduira Ruth sous le baldaquin de noce. L’arc (de l’Alliance) qui n’était qu’ébauché sur le tableau 38 s’inscrit ici au-dessus du couple couché et des deux gerbes de blé placés de part et d’autre. Les tons bruns qui dominent dans cette image donnent à l’ensemble une atmosphère chaude et champêtre. Booz s’éveille et voit Ruth à ses pieds Ici nous voyons la scène sous un autre angle : C’est le corps couché de Ruth qui forme le point central, tandis que Booz se trouve à droite en haut sur le bord de l’image. Il est en train d’agiter la faucille. Il sait pour qui il travaille ! Ruth, déjà réveillée, rêve les yeux ouverts. Le geste qu’elle accomplit de son bras gauche et qui est anatomiquement impossible, trouve une explication symbolique : Embrasser celui qu’elle aime. Le soleil, tel un ballon rouge, se tient au-dessus de la scène et couvre le corps nu de Ruth d’une lueur rose. Ainsi, merveilleusement déshabillée - et habillée - portant comme seul ornement un collier de perles autour du cou, Ruth semble déjà rêver des noces qui vont bientôt avoir lieu. Et les gerbes de blé qui sont encore à une certaine distance bientôt se pencheront « symboliquement » l’une vers l’autre. Rahab et les espions de Jéricho L’histoire biblique qui sous-tend cette représentation est écrite dans le deuxième chapitre du livre de Josué. Josué qui a pris la relève de Moïse entreprend plusieurs guerres afin de conquérir du pays. La plupart du temps, cette conquête du pays se fit par des déménagements paisibles comme nous pouvons le lire au deuxième chapitre du livre de Josué, où celui-ci envoie clandestinement deux espions pour explorer la ville de Jéricho. Mais les espions sont démasqués et poursuivis. Ils trouvent une cachette et un gîte chez Rahab. Désobéissant à l’ordre du roi de Jéricho, Rahab ne livre pas les deux hommes, au contraire, elle complote avec eux et avec toute sa famille. Ensemble, ils construisent un plan selon lequel les deux hommes pourront se sauver en descendant par la fenêtre ouverte le long d’une corde. Cette corde - rouge - sera aussi le signe auquel les soldats reconnaîtront que Rahab et sa famille devront être épargnés lors de la prise de la ville. Pourquoi donc la prostituée Rahab est-elle assez importante pour que Chagall lui consacre cette représentation ? 1. Parce que Rahab énonce clairement une confession de foi au Dieu d’Israël : « ...le Seigneur, votre Dieu, est Dieu là-haut dans les cieux et ici-bas sur la terre. » (Josué 2,11). 2. Parce que la tradition juive veut que Rahab, la prostituée, soit une prosélyte, c’est-à-dire une païenne convertie au judaïsme. La tradition veut aussi qu’elle soit épouse de Josué et mère d’une descendance nombreuse (mais cette tradition n’est pas fondée). La scène ici représentée est plongée dans un bleu-gris nocturne. Nue, Rahab se tient vis-à-vis des deux hommes qui sont debout sur le toit. Le texte biblique dit que Rahab les a cachés sur le toit sous des tiges de lin (Josué 2,6). L’homme qui lève les mains en gesticulant est tout inquiet. L’autre semble négocier avec Rahab : Sans doute parlent-ils de la corde rouge qui devra être le signal pour épargner Rahab et sa famille. Rahab se tient là toute nue, sans robe, et la lueur bleue du ciel nocturne couvre sa nudité. Son visage pourtant s’éclaire : Signe d’une grande joie à cause de l’action héroïque qui entrera dans le Livre des livres. Tamar, la belle-fille de Juda Voilà encore un exemple de ces histoires bibliques obscures où Yahvé se place décidément du côté des faibles, même si ceux-ci d’après la morale d’aujourd’hui, semblent agir de façon immorale : Tamar, la veuve du fils premier-né de Juda (« Er »), est restée sans enfants. Mais Juda ne prend pas soin d’elle. Il ne fait rien pour que son deuxième fils Onan, ni son troisième fils, Shéla, contractent avec elle le mariage de lévirat. Ainsi donc, Tamar demeure sans protection masculine. Tamar donnera à son beau-père une leçon si éclatante qu’il sera bon de relire en Genèse 38 : « Juda la vit et la prit pour une prostituée puisqu’elle avait couvert son visage. Il obliqua vers elle sur le chemin et dit : Eh ! je viens à toi !’ Car il n’avait pas reconnu en elle sa bru. Elle répondit : Que me donnes-tu pour venir à moi ?’ Je vais t’envoyer un chevreau du troupeau’, dit-il. Elle reprit : D’accord, si tu me donnes un gage jusqu’à cet envoi.’ - ‘Quel gage te donnerai-je ?’ dit-il. - Ton sceau, ton cordon et le bâton que tu as à la main’, répondit-elle. Il les lui donna, vint à elle, et elle devint enceinte de lui. Elle se leva, s’en alla, retira son voile et reprit ses habits de veuve... Or, trois mois après, on informa Juda : Ta bru Tamar s’est prostituée. Bien plus, la voilà enceinte de sa prostitution !’ - ‘Qu’on la mette dehors et qu’on la brûle !’ repartit Juda. Tandis qu’on la mettait dehors, elle envoya dire à son beau-père : C’est de l’homme à qui ceci appartient que je suis enceinte.’ Puis elle dit : Reconnais donc à qui appartiennent ce sceau, ces cordons, ce bâton !’ Juda les reconnut et dit : Elle a été plus juste que moi, car, de fait, je ne l’avais pas donnée à mon fils Shéla.’ (Genèse 38, 15-19.24-26). Chagall représente Tamar à l’avant-scène du tableau : Elle porte la robe rouge de prostituée et un voile noir pour cacher son visage. A gauche, Juda s’approche, appuyé sur son bâton ; ce bâton qu’il laissera à Tamar comme gage. Mais c’est en revoyant ce bâton que Juda reconnaîtra plus tard que c’est lui qui est le père de l’enfant que Tamar va avoir. Il reconnaîtra son péché : Le péché ne consiste pas, comme on pourrait le croire, dans l’acte sexuel accompli avec une prostituée (la prostitution de ce temps-là n’était pas considérée comme immorale). Mais le péché et la faute de Juda consistent dans le fait qu’il n’avait pas pris soin de l’avenir de Tamar : d’avoir donc omis de lui donner son deuxième ou son troisième fils comme époux afin que soit effacée d’elle la honte de rester sans enfant. Scènes bibliques Chagall a conçu cette lithographie pour le couvercle de sa Bible Verve II. Outre le Poème de la Création, ce recueil contenait des récits sur des femmes intéressantes de la Bible hébraïque. Cette lithographie se compose naturellement de deux parties : L’une pour la première page du couvercle, l’autre pour le dos. Ces deux pages sont une sorte de résumé des scènes bibliques de Chagall : Première page du couvercle : A gauche, dans le coin, nous voyons un couple couché. Comme la figure masculine porte une couronne et est munie d’une harpe, nous pouvons identifier facilement le couple : Il s’agit de David et de Bethsabée. A droite, au-dessus du couple couché, s’élève une ville. Elle est entièrement couverte de la couleur verte « enthousiasmée » (Chagall). Il s’agit sans doute de la ville de Jérusalem conçue comme la Jérusalem céleste des temps nouveaux. Au-dessus de la couronne royale de David, nous voyons des branches avec les feuilles qui sont typiques pour Chagall. Plus haut encore, une double lune, l’une en noir et l’autre en blanc, ce qui veut signifier peut-être l’abréviation du nom hébraïque de Yahvé. Une espèce d’ange forme la diagonale de cette page. Cet ange blanc ressemble étrangement à la figure iconographique de Dieu, le Père : Un vieillard à barbe blanche. On ne s’étonnera donc pas que cette représentation de l’ange valut à Chagall nombre de reproches de la part de ses frères juifs (puisqu’il est défendu à un Juif de représenter Dieu). Quoiqu’il en soit, l’ange, qui est un envoyé de Dieu, a appelé et touché les grandes personnalités de l’Ancien Testament, et c’est pour cela que cet ange figure sur le couvercle de la Bible de Verve II. Le dos du couvercle : En comparant le grand oiseau blanc avec les autres signes iconographiques du couvercle, l’oiseau est manifestement de dimension exagérée. C’est donc que Chagall lui donne une grande importance : Sans doute symbolise-t-il la capacité de l’homme à s’élever au-dessus des réalités terrestres, c’est-à-dire sa capacité de se souvenir de Dieu même lorsqu’il se trouve dans les entraves du péché et de la culpabilité. A droite, en bas, nous voyons un veau blanc qui ressemble au « Chagallsche Tier » : Donc cet animal est garant de la promesse du Créateur de mener à bonne fin l’œuvre commencée. Et au-dessus de cet animal : Le grand bouquet caractéristique de Chagall. Ce bouquet est penché vers la gauche où nous voyons un grand cercle blanc couvert d’une fine couche du vert « enthousiasmé » (Chagall) ! Ce cercle blanc légèrement teinté de vert symbolise la présence de Dieu. Compris ainsi, le bouquet de Chagall est une sorte de louange de Dieu. Il y a donc un beau parallélisme avec la première page du couvercle : Les sons de la harpe et le bouquet offert sont un signe de reconnaissance de l’homme envers son Créateur. L’ensemble de cette lithographie où le noir et le bleu sombre contrastent bien avec le blanc luisant, est comme un signe éclatant de la grandeur de Dieu et de son action sur les personnages bibliques qu’il appelle à son service. |