Pastorale biblique diocésaine de Luxembourg

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PAROLE DE DIEU – VIE DE L’EGLISE Journée d’étude sur l’exhortation apostolique Verbum Domini
Note de Synthèse par : SERVICE BIBLIQUE DIOCESAIN DU LUXEMBOURG
Centre Jean XXIII 1er Mars 2011

Paroles de bienvenue de Mgr. Fernand Franck

Dans son allocution d’introduction, l’Archevêque du Luxembourg, Mgr Fernand Franck, a encouragé les participants à la journée d’études sur Verbum Domini (VD) à lire la Bible en communauté. Il réaffirme qu’il faut « intensifier la pastorale biblique non en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale. » (VD 73). Il a terminé son allocution par ces paroles de St Augustin : « lorsque l’Eglise et ses membres lisent et méditent l’Ecriture, notre esprit s’en trouve éclairé, notre volonté raffermie et notre cœur embrasé de l’amour de Dieu ».

Conférence de Joseph Stricher  [1]

L’exhortation Verbum Domini :
un appel à l’animation biblique de toute la pastorale.

(Résume de l’exposé) [2]

Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur

A la suite de ce principe de la scholastique, une lecture sélective de l’exhortation du pape à partir de la propre expérience est entièrement justifiée. Les réflexions qui suivent sont donc un écho de Verbum Domini à partir et en vue de « l’animation biblique de toute la Pastorale » qui est le noyau de l’exhortation et l’horizon pour toute l’Eglise (n.73).

Premièrement, il est intéressant de souligner le « ton personnel » du texte et l’importance de parler en « Je » (n.1-2). C’est-à-dire, de se placer en tant que témoin devant lequel on peut être d’accord ou en désaccord. Cette attitude est aussi celle des témoignages bibliques, soit celui d’un peuple qui témoigne de Dieu ou celui d’une personne qui fait part de sa propre expérience (un prophète, un psalmiste ou un évangéliste). Dans ce sens, il est important de distinguer entre « le témoin » et « l’enseignant », parce que Dieu est toujours « raconté », il ne s’apprend pas. Dans ce contexte, il faudrait repenser les démarches traditionnelles de parler de notre foi : au lieu de répéter des formules toutes faites, il faudrait permettre aux gens de se laisser interpeller par des récits. Dieu se raconte. Dieu se laisse rencontrer dans l’histoire avec son peuple telle qu’elle est relatée dans les Ecritures, mais aussi dans notre vie.

A la suite des numéros 16.17 et 29 de VD, où il est affirmé que :
« pour être pleinement Parole de Dieu , les Ecritures doivent être lues en Eglise », il nous est permis de mettre en exergue qu’il ne s’agit pas seulement de ce que « le texte dit », mais de ce que le texte « nous » dit et, par conséquent, il ne faut pas avoir peur du risque de lire le texte en communauté ; la Parole doit être mise entre les mains des gens, parce qu’ils ont le droit de lire et de s’approprier d’elle. La Parole est une bonne nouvelle adressée aux pauvres qui l’annoncent à leur tour.
Au n. 30, Verbum Domini insiste sur l’importance de garder « le juste sens d’un texte ». Par ces mots, le pape nous invite à rester fidèles au texte donné pour notre salut ; d’autre part, il nous invite à éviter le danger d’une formation biblique purement scientifique. [3] Une telle formation peut être dispensée même par un athée et s’avérer inutilisable et, plutôt que donner le goût pour la Parole, risque de dégoûter les gens. En effet, si aujourd’hui beaucoup de personnes ne manifestent plus l’envie de lire la Bible ou qu’elles ne trouvent plus le goût de la lire, c’est, tout simplement parce qu’on les a dégoûtées par une certaine façon de la leur présenter. Tel comme l’a rappelé le document « L’interprétation de la Bible dans l’Eglise », il faut donc lire le texte biblique dans son contexte vital, c’est-à-dire, dans le contexte d’une foi vécue et témoignée :

« La nécessité d’une herméneutique, c’est-à-dire d’une interprétation dans l’aujourd’hui de notre monde, trouve son fondement dans la Bible elle-même et dans l’histoire de son interprétation. L’ensemble des écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament se présente comme le produit d’un long processus de réinterprétation des événements fondateurs, en lien avec la vie des communautés de croyants. Dans la tradition ecclésiale, les premiers interprètes de l’Ecriture, les Pères de l’Eglise, considéraient que leur exégèse des textes n’était complète que lorsqu’ils en dégageaient le sens pour les chrétiens de leur temps dans leur situation. On n’est fidèle à l’intentionnalité des textes bibliques que dans la mesure où on essaye de retrouver, au cœur de leur formulation, la réalité de foi qu’ils expriment et qu’on relie celle-ci à l’expérience croyante de notre monde. ».  [4]

Dans le même sens, pour Verbum Domini, il ne faut pas perdre de vue « l’affirmation bien connue de saint Grégoire le Grand: «les paroles divines grandissent avec celui qui les lit» (VD 30), parce que la Parole de Dieu continue à s’adresser aux personnes, dans leur ici et maintenant, comme une Parole toute nouvelle dont le sens est encore à chercher au cœur de la communauté chrétienne qui lit. Nous ne parlons pas d’une recherche « de connaissance livresque », mais tout simplement, de la recherche d’une présence réelle de Dieu à nos côtés « car là où deux ou trois se rassemblent en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18,20); présence analogue à la présence réelle du Christ dans le pain et le vin (VD 55-56).

Il est nécessaire pour redonner goût de la Parole, qu’elle soit présentée comme ayant un lien avec la vie réelle des lecteurs. L’homélie, par exemple, doit tenir compte des mécanismes de la communication : un langage simple, compréhensible par les auditeurs, actuel ; sans avoir peur de parler en « je », c’est-à-dire, plus en tant que « témoin » qu’en tant que « docteur », en donnant la possibilité de ne pas être d’accord. L’homélie doit, avant tout, « mettre les auditeurs en appétit de la Parole », sans oublier qu’ il n’y a pas qu’un émetteur, le prédicateur, et un « récepteur » passif, le peuple, mais que celui-ci a aussi quelque chose à dire et que nous devons entendre.

Quand à la manière de lire la Bible, le pape insiste sur l’importance de faire attention au piège de la lecture parcellaire ou de la lecture partielle. Cette pratique est semblable à lire des extraits de romans différents en essayant de les faire concorder, sans prendre en compte leur propre trame. Au contraire, VD nous rappelle, d’une part, le besoin de prendre en compte « la totalité des Ecritures » et, de l’autre, de ne pas trahir le sens « littéral » et « littéraire » des textes (VD 37). Dans ce sens, on propose de faire la lecture continue d’un évangile ou d’un autre livre de la Bible (VD 38-39). D’autres méthodes de lecture de la Bible sont tout à fait valables [5] , mais, par contre et à la suite de Benoit XVI, la lecture « fondamentaliste » de la Bible est à rejeter catégoriquement. En effet, non seulement elle est contraire à la lecture « littérale », qui suit la trame littéraire du texte, mais elle refuse d’accepter le rôle de l’auteur humain dans la rédaction de la Bible, ce qui est contraire à l’Incarnation (VD 44).

La Bible ne doit pas être non plus qu’un instrument servant à justifier nos certitudes doctrinales, elle doit être l’âme de la Théologie. Les textes bibliques accueillent en eux toute la vie humaine et tout le langage humain, même si à certains moments cela peut nous paraître « blasphématoire », par exemple, au niveau de la violence (cf. Ps 137, 8-9). Il ne faut pas censurer les Ecritures, comme il ne faut pas isoler certaines de ses pages, parce qu’elle est le fruit de l’âme humaine en dialogue avec Dieu, et par là même, elle devient Parole inspiré et inspirante. En effet, dans la Bible, notamment à travers les psaumes, s’exprime tous les bouleversements de l’histoire humaine, tout ce qui a de plus profond dans l’être humain ; il ne faut pas toujours chercher à en tirer des conséquences morales. On trouve même dans la Bible des choses qui peuvent nous paraître immorales. Dieu, avec son projet de salut pour l’humanité et avec son inconditionnalité envers elle, accompagne les personnes là où elles sont. Dans ce sens, il ne faut pas toujours chercher à vouloir tout comprendre, mais se mettre humblement à l’écoute des témoins qui, eux-mêmes, ont fait peu à peu un chemin vers Dieu.

Enfin, la Parole est « une Parole qui construit la communauté ». Elle a en elle le germe d’un peuple rassemblé. Voilà l’importance de se rassembler en petites communautés de lecture de la Bible. Hélas, « Il ne s’agit [ ] pas d’ajouter quelques rencontres dans la paroisse ou dans le diocèse, mais de s’assurer que, dans les activités habituelles des communautés chrétiennes, dans les paroisses, dans les associations et dans les mouvements, on ait vraiment à cœur la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole » (VD 73). Il s’agit de tout un autre modèle ecclésial qui dépasse l’ancien modèle où la Parole était monopolisée par le clergé ou les savants, et qui donne la Parole à la communauté.

Partage en groupe

Pour faire suite à ces réflexions, nous retranscrivons dans des encadrés les trois questions ou convictions qui ont été retenues dans les carrefours [6] , suivies de commentaires des modérateurs en vue de les mettre dans leur contexte.

Animation biblique de toute la pastorale (1)

1) Encourager les petites communautés comme lieux d’échange, d’expérience de vie où Dieu se raconte

2) Et où peuvent se vivifier les communautés paroissiales en favorisant la rencontre personnelle avec le Christ

3) Former à l’écoute active et à la lecture vivante de la Parole de Dieu

Commentaire des modérateurs :

Après un tour de table, le groupe s’est mis d’accord sur l’urgence de créer et d’animer des petites communautés sachant lire ensemble la Bible et s’en inspirer. Elles sont comme le sel de la terre. Or, on a constaté que nos paroisses ne sont pas des communautés. Une question se pose : Comment peut-on développer les petites communautés sans ajouter des rencontres ?

L’accent a été mis aussi sur la nécessité de la formation biblique. Dans ce sens, il a été souligné que le but de la pastorale biblique est la rencontre personnelle avec le Christ qui se communique à nous dans sa Parole et qui nous appelle à la conversion. La thèse « l’ignorance des Ecritures est ignorance du Christ » a été défendue et contestée. Il y a aussi d’autres façons de faire une expérience de Dieu. L’importance des Ecritures comme source de la foi est constatée, mais il faut savoir comment donner du goût pour la lecture de la Parole.

Il a été critiqué que le côté interpelant de la Bible pour l’institution ecclésiale n’est pas mis en exergue. On s’est posé aussi des questions sur la « préparation adéquate » des prêtres et des laïcs pour instruire le peuple dans une « approche authentique ». Qui juge de l’adéquation de la préparation et de l’authenticité de l’approche ?

Animation biblique de toute la pastorale (2)

1) Mettre la Parole de Dieu au cœur de nos activités

2) Donner goût pour la lecture de la Parole en vue de mieux connaître et rencontrer le Christ. « Ignorer les écritures c’est ignorer le Christ », quelle interprétation de cette phrase ?

3) Comment réaliser ce changement de paradigme ? Quelle méthodologie ?

Commentaire des modérateurs :

Lors du partage une série de questions sont venues sur la table: est-ce que la Parole de Dieu a vraiment une place centrale dans notre vie et dans la vie de l’Eglise ? L’animation biblique de la pastorale est-elle un simple souhait ou un nouvel horizon qu’il faut décliner dans une série de pas encore à inventer ? Comment briser des vielles pratiques que nous impose un rythme pastoral qui ne tienne pas compte de la Parole de Dieu et, notamment, du partage communautaire de la Parole ? Si bien la Parole de Dieu est liturgiquement présente,
comment faire pour qu’elle devienne « l’âme » et la nourriture de toute la pastorale? Comment concilier le « déjà présent » dans la pastorale avec « le développement de petites communautés » de lecture de la Parole qui est souhaité par l’Exhortation ?

Finalement, nous nous sommes interrogés sur quelle interprétation il faut faire de la phrase « ignorer les Ecritures c’est ignorer le Christ ». Est-ce que celle-ci exclue la possibilité de connaître le Christ hors les Ecritures ? Connaître ou rencontrer le Christ est-il seulement une question intellectuelle ? Quelle place pour les pauvres et les petits ?

Animation biblique de toute la pastorale (3)

1) Promouvoir une « pastorale de gratuité » (ne pas se limiter à une pastorale des sacrements) où l’on peut rencontrer le Christ sous forme de récits.

2) Qu’est-ce que « formation biblique » / « approche authentique » ? Quelles conséquences en tirer ?

3) Comment mettre en œuvre « l’animation biblique de toute la pastorale » au Luxembourg ?

Commentaire des modérateurs :

Les agents pastoraux se sentent comme des « prisonniers » dans l’organisation qui se limite à la préparation des sacrements. Des rencontres régulières autour de la Bible pourraient permettre de se laisser interpeller par la personne du Christ plutôt que l’intention de transmettre un « savoir ». La formation devrait assurer une perception globale des livres bibliques, comme c’est le cas dans la perception d’une œuvre d’art, p. ex. la symphonie de Beethoven.

Quant au terme d’une « approche authentique », les participants ont soulevé la question de savoir pourquoi le texte fait la distinction entre les prêtres et laïcs formés et le peuple de Dieu qui serait instruit par ces derniers. Les agents pastoraux ayant traité ce passage du document se voient plutôt comme faisant partie du peuple de Dieu dont les membres sont ensemble en recherche.

Il y a un fossé entre ce que le texte propose et la réalité. L’animation biblique de toute la pastorale est un grand défi, parce qu’il s’agit d’un changement de paradigme : pendant longtemps, l’Eglise avait interdit la lecture de la Bible, alors qu’aujourd’hui, elle souhaite que toute la vie de l’Eglise soit basée sur elle.

Les participants ont surtout mis en relief les problèmes d’une approche biblique adaptée aux jeunes. Comment montrer que la Bible a quelque chose à voir avec leur vie ?

L’homélie

1) « Les fidèles écoutent et méditent cette Parole, tandis que, seuls, la présentent ceux qui ont reçu par l’ordination, la charge du ministère… » (VD 59). Les fidèles n’ont-ils pas le droit de dire comment ils reçoivent la parole du prédicateur et à travers elle la Parole de Dieu ?

2) Faire le lien entre la Parole et la vie des fidèles ne va pas de soi. Que faire pour rendre possible cet objectif ?

3) Ne faudrait-il pas réfléchir aussi sur la manière de communiquer afin « d’amener les fidèles à découvrir la présence et l’efficacité de la Parole de Dieu » (VD 59) dans leur vie ?

Commentaire des animateurs :

Les membres du groupe étaient frappés par le schème de transmission unilatérale qui semblait déterminer la réflexion du paragraphe 59 (de VD) sur l’homélie ; il mentionne d’un côté les fidèles qui „écoutent et méditent cette Parole“, et de l’autre côté, ceux qui sont les seuls à pouvoir la présenter en vertu de la charge qui leur est confiée par le Magistère (ou d’un ministère) à savoir : les évêques, les prêtres et les diacres.

N’est-ce pas faire trop facilement l’impasse sur les conditions que suppose toute communication humaine: à savoir la mise en présence d’un émetteur et d’un récepteur ? L’émetteur est invité à „connaître“ le message qu’il doit „dire“ mais sans jamais oublier qu’il doit trouver le ton, les mots, les images justes qui touchent et éveillent la sensibilité et les attentes des auditeurs croyants; l’auditeur (récepteur), tout en accueillant et en écoutant le message de „l’émetteur“, a lui aussi des attentes et des capacités de réception et d’interprétation en fonction des valeurs et des événements qui le font vivre.

Ne serait-il pas opportun d’intégrer (dans le processus même d’élaboration et de présentation de l’homélie), selon les circonstances, un moment communautaire qui fasse droit au fait que „le sujet vivant de l’Ecriture Sainte c’est le Peuple de Dieu, c’est l’Eglise“ qui en d’autres circonstances est invitée à faire une lecture communautaire (VD 86)? En parlant de l’interprétation de la Bible, il est écrit dans Verbum Domini que „le Livre est vraiment la voix du Peuple de Dieu pérégrinant, et c’est seulement dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la tonalité juste pour comprendre la Sainte Ecriture“ (DV 30)

Engagement social et les pauvres

1) Importance de lire la Bible en tenant compte de la réalité que nous vivons car il n’y a pas de séparation entre une « réalité de l’Eglise » et une « « réalité du monde ».

2) L’humain est à l’image de Dieu, il s’agit de lui faire retrouver sa dignité, d’où l’importance du combat pour la justice de la part de toute l’Eglise.

3) Les trois « colonnes » de l’Eglise : annonce, liturgie et diaconie doivent aller de pair dans la vie de l’Eglise

Commentaire des animateurs :

Nous avons souligné que le chrétien ne lit pas la Parole de Dieu uniquement pour nourrir sa vie de foi personnelle ou la vie de foi de sa communauté chrétienne, mais pour que la Parole de Dieu inspire son action dans le monde, au service duquel l’Eglise doit se trouver. Des fois, l’histoire a montré que les chrétiens ont « oublié » de faire ce lien entre Parole de Dieu et action dans le monde, surtout au niveau des grandes structures d’injustice.

Nous nous sommes demandés aussi, s’il y a lieu de distinguer entre l’ « Eglise » et les « fidèles laïcs », et si l’action dans le monde pour la cause de la justice ne revient qu’aux seuls laïcs. Nous pensons que hiérarchie et laïcs doivent tous s’engager pour un monde plus juste.

Parfois, dans nos communautés, les trois pôles de la vie chrétienne (annonce, liturgie et diaconie) fonctionnent en parallèle, comme s’il n’y avait pas de véritables liens entre eux, alors même qu’ils sont profondément unis. Nous devons faire des efforts pour que l’Annonce et la Liturgie soient toujours au service de l’amour effectivement vécu envers le prochain (la diaconie).

Finalement, le groupe a bien valorisé l’affirmation au n.107 : « Il faut reconnaître que les pauvres sont eux-mêmes aussi des agents d’Evangélisation. Les pasteurs sont appelés à les écouter, à apprendre d’eux, à les guider dans leur foi et à les motiver pour qu’ils soient des artisans de leur propre histoire ». A cet égard, on peut prendre exemple sur bien des communautés en Amérique Latine ou en Afrique notamment.

Table ronde

Dans la table ronde ont participé Patrick Hubert (curé modérateur de la communauté pastorale Schengen-Wellenstein), Marie-Christine Ries (assistante pastorale à la région pastorale Luxembourg et à l’équipe en charge de la communauté pastorale Belair-Märel-Zéisseng), Thomas Osborne (exégète, professeur au Grand Séminaire) et Luis Martinez (théologien, coordinateur diocésain de la Pastorale Biblique). Ils ont partagé leur expérience d’animation biblique de la pastorale au Luxembourg à partir de leurs propres engagements.

Patrick Hubert : Pour lui, il faut du temps et de la patience pour que les communautés pastorales finissent par s’approprier de la Bible. Il a vécu de bonnes expériences, notamment, à travers la préparation de lecteurs et les formations bibliques offertes par le SBD. La lecture en communauté de la Parole de Dieu fait son chemin, mais il constate que les gens préfèrent assister à une « formation » biblique que de participer à un « partage » biblique. En ce sens, il rejoint Joseph Stricher qui avait rappelé cette fameuse dicton : « nous avons pris un siècle pour obliger les gens à se taire, peut-être qu’il faudrait aussi un siècle pour les faire parler ».

Marie-Christine Ries: A partir d’une énumération exhaustive des diverses activités autour de la Parole de Dieu qui ont eu lieu dans le cadre de la région pastorale Luxembourg, elle a soulevé le défi qui reste d’avancer vers une vraie animation biblique de la pastorale, notamment, par le biais des soirées bibliques dans les communautés locales.

Thomas Osborne : Après avoir fait un rappel des points forts de la journée, il a mis l’accent sur trois aspects : (1) le danger de la lecture fragmentaire de la Parole ainsi que d’une soi-disant « actualisation immédiate », (2) l’importance du ministère de Lectorat et (3) la nécessité de la formation biblique des chrétiens et des axes de cette formation.

Luis Martinez : il a présenté trois idées forces qui sont sous-jacentes à l’option assumée par le Service Biblique Diocésain en vue d’une animation biblique de toute la pastorale qui donne goût pour la lecture de la Bible : (1) C’est dans l’histoire que Dieu continue à nous adresser sa Parole et c’est dans cette même histoire que nous sommes appelés à lui répondre. La Bible est donc une parole inspirée et inspirante qui nous permet de bien saisir « les signes des temps » ; (2) la Bible est une Parole donnée pour la communauté. Elle a donc sa place au milieu de la communauté ; elle n’est pas le monopole ni du clergé ni des savants. Le principal obstacle à vivre cette dimension est le paradigme clérical tridentin, qui véhicule une pastorale, presque exclusivement centrée sur le prêtre et sur l’octroi des sacrements ; et (3) la Bible est une bonne nouvelle pour les pauvres. Ils doivent trouver en elle la force pour devenir protagonistes de leur histoire. Les pauvres sont eux-mêmes sujets de l’évangélisation, ils ont leurs droits et leur place dans la mission de l’Eglise.

[1] Né en 1940 et ordonné en 1964, le Père Joseph Stricher a été successivement vicaire dans une paroisse de Thionville, aumônier diocésain de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne puis curé de paroisse dans la région de Thionville et de Metz. Tout en assumant ses tâches pastorales il a poursuivi des études de « Sciences bibliques » ainsi que de « Littérature et spiritualité » dans les Universités de Strasbourg et de Metz. Il a enseigné le N.T. au Centre Universitaire de Metz. De 1998 à 2003, il a dirigé le service national de pastorale biblique « Evangile et Vie ». De 2002 à 2008, il a coordonné les activités des services bibliques nationaux des pays de l’Europe du Sud et de l’Ouest pour la Fédération Biblique Catholique. Il est actuellement professeur au Grand Séminaire de Lorraine. Il dirige la Commission biblique du diocèse de Metz, anime des émissions de radio et contribue au succès de l’opération « Lire intégralement un évangile » lancée dans une quinzaine de diocèses français.

[2] Ce texte a été lu et approuvé par J. Stricher.

[3] Prenant l’image d’un médecin généraliste et d’un chirurgien, aborder la bible de manière scientifique sans en tirer des conséquences en pastorale est inutilisable pour la vie des gens. Selon ses propres termes, quand on est malade on ne va pas d’abord chez un chirurgien mais chez un généraliste.

[4] Commission Biblique Internationale, « L’interprétation de la Bible dans l’Eglise », 1993, II, A, 2 (p.67).

[5] Idem.

[6] Si, originellement cinq sujets étaient retenus pour les carrefours (« animation biblique de toute la pastorale », « Parole de Dieu et catéchèse », « lectio divina », « l’homélie » et « Parole de Dieu et engagement social »), le nombre d’inscrits et leur choix de sujet nous ont amenés à établir trois groupes sur le sujet « animation biblique de toute la pastorale » à côté de « l’homélie » et « Parole de Dieu et engagement social ».

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