Pastorale biblique diocésaine de Luxembourg

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Lire un évangile en continu / Lire l’évangile de Luc

Lire un évangile en continu

«C’est étrange. La plupart des pages d’évangile qu’on lit, je les connais et pourtant c’est comme si je découvrais un nouveau texte». «Je suis déroutée par ce que nous faisons. Ce Jésus ne correspond pas à celui qu’on m’a présenté.» Prises parmi des dizaines d’autres, ces réactions de personnes à qui on propose de lire un évangile dans sa continuité soulignent la nouveauté de ce genre d’opération mais aussi son intérêt: voir apparaître un autre visage de Jésus, peut-être différent de celui auquel nous sommes habitués depuis notre enfance.

Lire les Ecritures et entendre la voix du Dieu vivant

Lire un évangile dans son intégralité permet de découvrir que le cœur de notre foi n’est pas un ensemble de bonnes idées, de pieux principes ou de bonnes règles de conduite, mais que c’est d’abord une bonne nouvelle concernant Jésus, Fils de Dieu, bonne nouvelle qui peut se lire et se raconter.

Le récit évangélique est à la portée de tous. Chacun peut le lire et il n’est pas nécessaire d’être un expert. Il suffit de se laisser emporter, intriguer ou émouvoir par la force du récit. Il convient ensuite de partager avec d’autres les observations, les découvertes et les questions suscitées par la lecture du texte. Chacun peut dire comment le texte évangélique fortifie sa foi mais également ce qu’il dévoile en lui comme incertitudes ou même comme difficultés de croire.

Dans un groupe de lecture, nous sommes à I’ écoute du texte mais également à I’ écoute les uns des autres. Nous nous partageons ce que cette lecture opère en nous, les liens par exemple que nous faisons entre le texte et la vie du monde ou les liens entre le texte et les événements de notre vie. Ce faisant nous nous préparons à écouter la voix du Dieu vivant. En effet en permettant à notre perception du texte et à notre perception des événements du monde d’entrer en vibration, nous créons une brèche dans notre cœur par laquelle peut s’infiltrer la vivante Parole de Dieu


La lecture d’un évangile comme animation biblique de toute la pastorale

Le but de la lecture collective et intégrale de I’ évangile de Luc n’est pas de constituer des groupes bibliques dans les paroisses, qui ont pour vocation de s’ajouter aux divers groupes existants. Il vise plus profondément à irriguer l’ensemble de la vie chrétienne, à en devenir son âme. C’est ce qu’affirme le Concile dans la Constitution Dei Verbum et c’est ce qu’affirme à son tour le Synode sur la Parole de Dieu qui s’est tenu au mois d’octobre 2008 à Rome: «Dei Verbum exhorte à faire de la Parole de Dieu non seulement l’âme de la théologie mais aussi l’âme de toute la pastorale, de la vie et de la mission de l’Eglise (cf. DV 24) ... Le synode recommande d’intensifier la «pastorale biblique» non pas en la juxtaposant à d’autres formes de la pastorale, mais comme animation biblique de toute la pastorale.» (Proposition 30 soumise au Pape Benoit XVI).


Constituer de petites cellules d’Église

Notre pratique diocésaine se situe dans la droite ligne de ce que ce même Synode recommande pour toute I ’Eglise:
«Le synode recommande la création de petites communautés ecclésiales d’écoute et d’étude et de prière de la Parole de Dieu .... Dans de nombreux pays, il y a déjà des petites communautés composées de familles, enracinées dans les paroisses ou liées aux divers mouvements ecclésiaux et nouvelles communautés. Celles-ci se réunissent régulièrement autour de la Parole de Dieu pour la partager, et ils en reçoivent de la force ... Ils font l’expérience de la communauté et rencontrent la Parole de Dieu personnellement. À travers la lecture de la Bible, ils font l’expérience d’être aimés personnellement de Dieu.» (Proposition 21)


Proposer une bonne nouvelle à tous

À l’appui de notre pratique, mentionnons enfin une dernière proposition du Synode: "La Parole de Dieu est un bien pour tous les hommes, que l’Église ne doit pas conserver pour elle mais partager avec joie et générosité avec tous les peuples et toutes les cultures afin qu’eux aussi puissent trouver en Jésus Christ le chemin, la vérité et la vie (cf. ln 14,6). » (Proposition 49)

La mission n’est pas l’affaire de quelques spécialistes qui s’aventurent sur des terres lointaines. Elle est à nos portes et elle est l’affaire de tous les chrétiens. On ne peut donc qu’encourager toutes celles et tous ceux qui ont imité des amis et des proches ou des voisins de palier et de rue à lire avec eux l’évangile de Marc. Certains ont eu beaucoup de réticence à faire cette démarche en prétextant que nous n’étions pas une secte. Proposer à des personnes en recherche de découvrir une bonne nouvelle qui leur procurera du bonheur est-ce faire œuvre sectaire?


Permettre à des chrétiens de prendre des responsabilités

La bonne nouvelle n’a pas été confiée à des spécialistes qui seraient les seuls aptes à la comprendre et à l’expliquer. Il faut sortir d’une attitude passive qui consiste à laisser il d’autres le soin de lire le texte et de nous en parler. L’évangile peut et doit donc être lu par tous. La constitution des petits groupes de lecture est l’affaire de tous. Les paroisses sont invitées à encourager toutes les initiatives qui vont dans ce sens. C’est de leur compétence et de leur responsabilité de lancer, de soutenir, d’encourager et de relancer éventuellement les groupes de lecture. Elles feront ainsi l’expérience d’une authentique prise de responsabilité dans la mission confiée à l’Église: permettre à toutes et à tous de se nourrir de la Parole de Dieu.


Lire l’évangile de Luc

Au fil des pages

Quel bonheur de lire l’évangile de Luc! Son auteur est l’un des écrivains les plus talentueux du Nouveau Testament. Il est souvent représenté dans les icônes orientales en train de peindre la Vierge - Marie tient en effet une grande place dans son œuvre -, mais on pourrait également le représenter peignant le Christ, car il en fait un portrait plein de grâce et de miséricorde. Luc raconte la naissance et l’enfance de Jésus, son activité en Galilée puis sa longue montée vers Jérusalem, la ville de son destin, où il y subit le sort injuste de la croix. Sur ce chemin, Jésus entraîne à sa suite des disciples et il leur annonce les lois nouvelles du Royaume de Dieu qu’il est en train d’inaugurer. Il se manifeste comme Sauveur, spécialement auprès des petits et des humbles qui sont l’objet de son amour privilégié. Le jour de Pâques, des femmes et des hommes, disciples de Jésus, découvrent qu’en ressuscitant Jésus, Dieu a accompli son projet de salut et de réconciliation des hommes avec lui, projet que la Loi, les prophètes et les psaumes avaient annoncé.

Le lecteur de l’évangile sera donc très attentif aux nombreux renvois explicites ou implicites aux Ecritures. Comme sur la route d’Emmaüs, la lecture et la rumination des Ecritures et leur confrontation avec les événements du monde permettent de découvrir et d’adhérer à ce projet de Dieu. Nous ferons cette expérience en lisant ensemble l’intégralité de l’évangile de Luc.

Le lecteur se souviendra également que l’évangile a été rédigé après Pâques, à la lumière de Pâques et pour des croyants qui ont mis Pâques au cœur de leur foi. Il ne cherchera pas dans l’évangile une reconstitution du passé, une biographie de Jésus de Nazareth, mais un récit concernant le Seigneur Jésus, celui qui vit auprès du Père et qui continue à animer la communauté issue de lui grâce au don de son esprit.

Le lecteur découvrira également que cet évangile n’est pas clos sur lui-même. Tome un de l’œuvre de Luc, il énonce des éléments qui seront développés dans le tome deux, les Actes des Apôtres. Le même auteur, Luc, y raconte comment la bonne nouvelle prêchée en Galilée et à Jérusalem va parvenir jusqu’à Rome, le cœur du monde païen.

Qui est l’auteur de ce double ouvrage’? Une tradition fort ancienne dit que c’est Luc, « le cher médecin », mentionné par Paul dans la lettre aux Colossiens (4,14). Il est possible que Luc ait accompagné Paul pendant certains de ses voyages et qu’il ait tenu un journal de bord. Cette opinion n’est pourtant pas admise par tous les spécialistes.

Quelles sont les sources de l’auteur ? : Un bon tiers de la documentation provient de l’évangile de Marc, que Luc reprend presque en entier. D’autres éléments proviennent d’un document aujourd’hui disparu, mais dans lequel Matthieu a puisé également. C’est le cas par exemple du discours des Béatitudes ou du Notre Père. Il a enfin des sources qui sont propres à Luc et qui sont à la base des passages les plus connus de l’évangile: le Magnificat, les bergers à la crèche, l’enfant prodigue, Zachée, Emmaüs. Mais, en bon écrivain, Luc ne se contente pas de reproduire servilement ce qu’il a trouvé, il entreprend de faire un récit ordonné qu’il destine et dédicace à son ami Théophile. Avant de lire l’évangile, il convient de s’arrêter quelques instants à cette dédicace.

La dédicace adressée au cher Théophile

La dédicace de l’évangile de Luc ne manque pas d’intérêt. On y découvre en effet une chaîne de transmission qui relie Jésus de Nazareth au lecteur d’aujourd’hui. Tout commence par „des événements accomplis parmi nous». L’évangile n’est pas une fiction. Il a pour objet les actions et les paroles de Jésus qui s’inscrivent dans l’histoire du monde. Celles-ci ont eu des témoins oculaires qui ont témoigné de ce qu’ils ont vu et entendu, mais également de ce qu’ils ont compris de Jésus. Après l’oral, il y a eu l’écrit. Des gens ont entrepris de composer un récit de ces événements. Combien étaient-ils: On ne le sait pas. Ils étaient plusieurs en tout cas, et parmi eux il y avait Marc. Il y a finalement l’écrivain lui-même qui décide de faire «un exposé suivi ». Il veut faire un récit qui se tient et qui tient son lecteur en haleine, D’où l’importance pour nous de faire une lecture suivie et intégrale du texte et de ne pas nous contenter de picorer une page par-ci une page par-là. Le récit dans son intégralité révèle petit à petit le plan d’amour de Dieu. Dernier élément: ce récit est destiné à Théophile. Celui-ci est probablement un personnage réel qui a fourni le parchemin et l’encre et pourquoi pas la maison dans laquelle l’auteur a pu dicter son texte à un scribe, et cela a pris du temps. Mais Théophile est également un personnage symbolique à qui tout lecteur peut s’identifier. Théophile signifie en effet «ami de Dieu» : celui qui aime Dieu et celui qui est aimé par lui. Nouveaux Théophile, il ne nous reste plus qu’à ouvrir ce livre afin que nous aussi nous puissions nous rendre compte nous aussi“ de la solidité des enseignements que nous avons reçus».

Un plan très simple

Après la dédicace, l’évangile débute avec ce qu’on appelle communément l’évangile de l’enfance. À la manière des auteurs grecs de son époque. Luc commence son récit en comparant la vie de deux personnages: Jean Baptiste et Jésus. Il raconte successivement l’annonce de la naissance des deux enfants puis leur naissance et leur circoncision. Il abandonne ensuite l’un des deux personnages pour ne s’intéresser qu’au second.

Jésus naît au sein du peuple d’Israël. Par des messagers divins ou des personnages inspirés par l’Esprit Saint, on apprend qu’il est Fils de Dieu, Christ, Sauveur et Seigneur. Dans le Temple de Jérusalem, quand Jésus bébé y est présenté par ses parents, Siméon annonce son programme : «Salut préparé à la face des peuples, lumière qui se révèle aux nations et qui donne gloire au peuple de Dieu, Israël.» (Lc 1-2)

Après le baptême et les tentations au désert, commence la période galiléenne. Par des guérisons et des exorcismes, Jésus se manifeste comme Sauveur en s’attaquant aux forces du mal. Avec les Béatitudes, il promulgue la charte du Royaume de Dieu et il enseigne en paraboles. (Lc 3.1-9.50)

Jésus monte ensuite à Jérusalem, entraînant ses disciples à sa suite et les formant à leur future mission. Il fait une entrée royale dans la capitale et s’installe dans le Temple pour y enseigner, suscitant l’intérêt de la foule et l’hostilité des chefs du peuple qui cherchent à le supprimer. (Lc 19,29-21.38)

En s’emparant de Judas Iscariote, Satan vient frapper les trois coups de la passion. Le procès, la condamnation et le crucifiement de Jésus sont décrits comme l’assassinat d’un juste. Jésus meurt d’une mort exemplaire en confiant sa vie à son Père et en pardonnant à ses bourreaux. (Lc 22-23) Le jour de Pâques, deux hommes aux vêtements éblouissants annoncent aux femmes qui se rendent au tombeau que Jésus est ressuscité, le Ressuscité rejoint deux de ses disciples sur le chemin d’Emmaüs. Apparaissant à ses apôtres, il leur donne ses dernières consignes avant d’être emporté au ciel. L’évangile se termine là où il a commencé, à Jérusalem. (Lc 24)

(Joseph Stricher)

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